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Le regard des acteurs locaux

Nous avons interrogé professionnels de santé et élus sur les solutions qui voient le jour dans l'Ain. Points de vue.


 

Nouvelle vision de la médecine générale avec la création de maisons de santé pluridisciplinaires, travail collectif et projet de soins permettant d’initier des pratiques innovantes, nécessité de prendre en compte les attentes des professionnels de santé et de sensibiliser les élus locaux sur les besoins des populations en matière d'offre de soins… Elus et médecins témoignent.

 

 

Maison de santé rural, la voilà la solution!



© / - Crédit: clod

 

 

Dc P. De Haas, medecin généraliste

© Bimsa - Crédit: N. Nolfo

Pierre De Haas médecin généraliste, responsable de la maison de santé de Pont-d'Ain

 

Ouverte en mai 2006, la maison de santé de Pont-d'Ain est pionnière dans le département. Elle regroupe quatre médecins généralistes, deux infirmières, deux kinésithérapeutes, trois orthophonistes, un neuropsychologue, une diététicienne, un podologue et un psychocogniticien. Elle accueille également à l'étage le centre médico-social de secteur. La pharmacie est attenante aux locaux médicaux. Pour Pierre de Haas, promoteur du projet, le travail pluridisciplinaire est une source d'amélioration de la qualité des soins et de vie des praticiens. « Une maison de santé, ce n'est pas seulement un projet immobilier. Au-delà des locaux, nous partageons un projet de soins autour d'une logique de santé publique beaucoup plus riche en terme de mission qu'une logique "patientèle". Une large place est faite à la prévention et à l'éducation des patients. Avant de prescrire un médicament à un diabétique, le généraliste commence par exemple par l'orienter vers la diététicienne qui adaptera son régime alimentaire. La pluridisciplinarité permet de mettre en place des protocoles communs, d'initier des pratiques innovantes telles que l'alerte de relance informatique des patients pour les vaccins et examens de dépistage. Elle favorise la délégation de tâches. Les prises de sang, les vaccins, les pansements sont systématiquement effectués par une infirmière. Le temps gagné sur ces actes infirmiers et sur les actes administratifs permet aux médecins de consacrer leurs 38 heures de travail hebdomadaire à une activité de soins décisionnelle. L'esprit d'équipe qui nous anime est un plus pour la prise en charge des patients. Le mode de fonctionnement de la maison de santé est collégial, rythmé par des réunions régulières qui permettent d'échanger sur les dossiers. La proximité quotidienne favorise également des échanges informels ». Pour le docteur Pierre de Haas le mouvement qui se crée autour de la création de maisons de santé répond aux attentes des professionnels. « Les stagiaires que nous recevons ont en partant une autre vision de la médecine générale, ils sont prêts à s'impliquer dans ce type de structures ». Il souligne toutefois que le paiement à l'acte constitue un frein à l'approche santé publique que privilégient les maisons de santé. « Il faut revoir le système de rémunération des praticiens. Ils supportent d'importants frais de fonctionnement induits par les actions de prévention sans en être indemnisés ». 

 

 

Dc D. Perron, medecin généraliste à St-Etienne du Bois

© Bimsa - Crédit: N. Nolfo
 

Denis Perron, médecin généraliste à Saint-Etienne-du-Bois, maire de sa commune et conseiller général du canton

 « Il est indispensable pour les élus d'anticiper les problèmes qui vont se poser sur les territoires. Si nous attendons que la situation s'aggrave, que les médecins ou les kinés dévissent leurs plaques, il sera très difficile de les réimplanter. Les maires doivent travailler en concertation avec les professionnels de santé encore présents. Ce sont eux qui connaissent les besoins de la population sur le bassin de vie dans lequel ils exercent. Un maire tout seul n'a pas les cartes suffisantes pour apprécier la situation. Rendre service à ses administrés ce n'est pas remplacer à tout prix le médecin qui s'en va en mettant à la disposition du successeur un local à loyer modéré ou en recrutant en dernier recours un médecin roumain ou bulgare. Les maires qui partent sur cette voie courent à l'échec. Notre ambition doit être de se mettre ensemble autour d'une table et de construire une offre de soins pérenne quitte à ce qu'elle ne soit pas à proximité immédiate. Les nouvelles attentes des professionnels de santé en matière de conditions d'exercice doivent être prises en compte. Les jeunes médecins, d'autant que la profession se féminise largement (68% des étudiants à la faculté de médecine sont des femmes), ont des aspirations différentes de celle de leurs aînés. Ils veulent plus de temps pour leur vie privée et familiale. La démarche participative du conseil général autour de projets de soins au cas par cas sur la base de l'état des lieux réalisé par la MSA est la bonne démarche. Les maisons de santé pluridisciplinaires présentent des atouts mais elles ne constituent pas une réponse unique. Il est important de veiller à ce qu'elles gardent une taille humaine et qu'elles ne nuisent pas à la présence de médecins isolés. Des solutions intermédiaires telles que des pôles de santé où chaque médecin reste dans sa commune mais travaille en coopération avec ses confrères ou encore l'implantation de cabinets périphériques aux maisons de santé sont certainement également à explorer dans un souci d'équilibre territorial. »

 

 

 

O. de Seyssel, président de la MSA de l'Ain

© Bimsa - Crédit: N. Nolfo
 

Olivier de Seyssel, président de la MSA de l'Ain

 « Il y a une véritable inquiétude des populations et des élus locaux quant au déficit de l'offre de soins. Il est de notre devoir de participer à l'émergence de solutions construites durablement, prenant donc en compte les attentes des professionnels de santé. Cette étude confiée à la MSA témoigne de l'atout que représente pour le conseil général un réseau de délégués en capacité de se mobiliser pour appréhender de manière très fine les réalités de fonctionnement sur le terrain. Elle est également la résultante du partenariat étroit qui s'est établi de longue date entre la MSA et les collectivités locales sur des projets ancrés sur les territoires notamment au travers de la création de petites unités de vie et des Marpa (Maisons d’accueil rurales pour personnes âgées). La capacité d'ingénierie que la MSA de l'Ain a développée auprès des collectivités locales pour mener à bien la réalisation de ces projets constitue un capital d'expérience. Nous sommes prêts à le mettre à disposition des élus et des professionnels de santé pour les aider à monter des projets de maisons de santé inscrits dans une dynamique locale. Ces projets participent de la même démarche de développement social local puis d'expertise technique mises en oeuvre pour les Marpa. Je pense qu'à terme il faudra se pencher sur la création de services de transport à la demande pour compléter cette offre de services médicale et sociale. »

 

 


M. Mouroz, président de l'échelon local de Chalamont

© Bimsa - Crédit: N. Nolfo
 

M. Mouroz, président de l'échelon local de Chalamont

 « Il a fallu faire jouer tous les réseaux dans lesquels nous sommes impliqués pour dresser un état des lieux de l'offre de soins telle qu'elle est ressentie dans les cantons et bassins de vie. Ces réseaux se sont construits grâce à l'action que nous menons sur les territoires. Les conférences de santé, les actions de prévention accidents du travail ont permis de nouer des contacts avec les professionnels locaux. J'ai mené il y a quelques années un plan local pour l'enfance dans le cadre d'un contrat de développement social sur la commune. J'ai beaucoup travaillé dans ce cadre avec les élus. J'ai participé à la mise en place d'un groupe de paroles d'accompagnement psycho-oncologique… Toutes ces actions font que la MSA est connue et reconnue au plan local. Nous n'aurions pas pu mener ces enquêtes sans cette légitimité. Elle nous est aussi très précieuse pour sensibiliser les élus locaux sur les besoins des populations en matière d'offre de soins et participer à la mise en place de solutions. »

 

 

Propos recueillis par Nicole Nolfo

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Information sur la publication

(Source : CCMSA - Communication Bimsa)

Mis à jour le : 18-07-2008publié le : 18-07-2008

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